Bernard Buffet, la face cachée du clown
 
 
A l'entrée de la salle d'exposition, un avertissement : « Certaines oeuvres peuvent heurter la sensibilité du public. » Mais le seul avertissement valable pour les visiteurs de l'exposition Bernard Buffet, qui commence aujourd'hui à la Vieille Charité, serait pour ceux qui s'attendent à y trouver les fameux clowns au visage anguleux à l'origine de la renommée du peintre. Sur la soixantaine de toiles exposées jusqu'au 7 juin, seules trois représentent ces personnages, dont les Deux clowns bras levés, choisie pour l'affiche de l'événement. Une sorte d'appât pour attirer le grand public, très vite invité à découvrir la part d'ombre de l'artiste, adulé après-guerre puis négligé jusqu'à sa mort, en 1999.

« On parle beaucoup, le concernant, des années 1950, et on fait l'impasse totale sur quarante ans de travail acharné. J'avais en tête de montrer qu'au-delà de cette période, il a peint des tableaux de grande qualité, mais aussi des chefs-d'oeuvre, explique Henry Périer, commissaire de l'exposition. J'ai aussi voulu saturer les espaces pour que l'on ressente ce qu'était Buffet dans sa trajectoire tragique. » Autoportraits au regard glacial, revolvers au design « presque pop » (Les Trois Rigolos), corps nus et décharnés (Couples)... Si le trait, dominant et noir, est familier, le parcours révèle un autre visage, plus ambigu, « moins facile », pointe Maurice Garnier, qui fut le marchand du peintre pendant soixante ans et qui a prêté une grande partie des tableaux présentés. « Le vrai Buffet, c'est celui qui est exposé ici, poursuit-il. On est plus proche de son oeuvre et de ses sentiments, notamment le drame de l'existence de l'homme. »

Si le succès du peintre n'a jamais faibli auprès du public et des amateurs d'art - « notre galerie signe toujours, chaque mois, une vingtaine de certificats d'authenticité pour des tableaux vendus partout dans le monde », assure Maurice Garnier -, c'est la première fois qu'une ville lui rend hommage de façon officielle. Boudé par les institutions depuis les années 1950 en raison, notamment, de l'animosité de Malraux, alors ministre de la Culture, le peintre connaît un retour en grâce. Ultime reconnaissance : la ville de Carpentras s'est portée candidate pour accueillir prochainement un musée Buffet. Pour l'instant, il en existe un seul consacré au peintre. Au Japon.
 
Stéphanie Harounyan - 20 MINUTES - 13 mars 2009