BERNARD BUFFET,
Tableaux pour un Musée 1950 - 1954
 
 
Un musée que l'Etat français oublie de réaliser, préférant nous montrer des tas de déchets baptisés oeuvres d'art et réalisés au niveau de compréhension de bon nombre des nos élus. Confortés qu'ils sont par les soi-disant intellectuels qui les flattent. On les entend et on les voit journellement à la radio ou à la télévision, lorsque forts de leurs services, ils se font payer des missions lointaines aux frais des contribuables que nous sommes.

Un musée pour lequel la Galerie Garnier et son vaillant directeur se bat et s'est engagé personnellement et qui n'en déplaise aux autorités qui ne savent que prendre, mais pas donner (sauf aux copains), et qui verra le jour prochainement.

Alors Maurice Garnier, comme par défi, nous montre des Buffet.

Des Buffet d'exception ?

Non !

Des Buffet courants, comme Bernard savait les faire, beaux, forts et émouvants.

Des Buffet authentiques, anciens, qui portaient en eux la puissance et la gloire de la jeunesse, sans le souci de plaire ou de déplaire. Et cette sincérité a plu, et lui a ouvert les portes de la réussite, mais pas celles du coeur de la gauche française, qui par ailleurs expose ceux qui furent les invités d'hitler et de sa bande !

Mais que voulez vous en plus Bernard Buffet nous montre un vrai talent avec des crucifixions cruelles, croquées avec la puissance du réalisme, mais avec un dépouillement qui ne retient que le cri d'un crime accompli. Le même dépouillement il le retient pour ses personnages, comme pour ses bouquets et toutes ses natures mortes en général. Avec Bernard Buffet, l'artiste n'est pas le cireur de bottes de Dame Nature. Il la décrit dans sa réalité, préférant la version délaissée par d'autres peintres, qui se glissant dans les slogans aimables de cette Dame, ne la représentent que parée de ses meilleurs atours, dont ils se servent pour se donner une plus value. Bernard Buffet n'est pas triste, il est réaliste, et comme il sait manier formes et pinceaux, il nous restitue une réalité qui se mire dans son oeuvre.

Cependant cette exposition nous donne une clef, qui est celle incrustée dans la nature de l'homme et qui va migrer dans celle du peintre.

Bernard Buffet se peint avec des seins, mi-homme, mi-femme. Il va plus loin encore dans " Le couple " de 1953, où deux personnages sont représentés, l'un est féminin avec de gros seins tombants, tandis que l'autre est masculin et cache son sexe avec la main. Or tous deux ont son visage, à lui Bernard Buffet. Mais il est à remarquer que l'homme, Bernard Buffet, a vraisemblablement mal vécu son ambiguïté. Les deux personnages sont tristes, douloureux, Le même décharnement se lit dans " Travesti " de 1953 également, alors que dans " Femme au canapé rouge " son visage montre une certaine indifférence, mais aucune joie.

Pour ce qui est des martyrs dans : " L'ange de la guerre " 1954, ou dans "Fusillés " 1954, ils ont tous ses traits, au masculin, sexe tombant, ou au féminin poitrine décharnée. Il se représente avec une telle vérité, qu'il les affuble d'un petit ventre, ce qui durant l'occupation n'existait pas chez les résistants.

Bernard Buffet, tableaux pour un musée, mais aussi une exposition vérité. A voir si l'on aime l'oeuvre de Bernard Buffet. A voir si on ne l'aime pas ou si l'on est indifférent, pour y découvrir un artiste qui de toute façon marquera son temps.
 
Christian GERMAK - ANTIQUAIRES CONTACT - 13 février 2002