Bernard Buffet et le Japon,
une histoire d'amour
 
 
Nul n'est prophète en son pays : Bernard Buffet ( 1928-1999) ), le peintre français, qui faisait la " Une " des magazines européens dans les années 50 a été, et reste encensé au Japon. Cet artiste controversé n'a pas encore gagné la reconnaissance des institutions françaises malgré plus de 20 rétrospectives dans les grands musées et centres d'art du monde entier.

Depuis plus d'un demi siècle, Maurice Garnier, son fidèle marchand, défend inlassablement Bernard Buffet dont il a l'exclusivité.

Après le décès du peintre qui a mis fin à ses jours en 1999, Maurice Garnier a entrepris, dans sa galerie avenue Matignon à Paris, un cycle d'expositions " tableaux pour un musée " , qui permet d'apprécier la variété des thèmes et des " manières " de Buffet à l'intérieur de son style reconnaissable entre tous.
Alors qu'en France, les projets de création d'un musée Bernard Buffet se heurtent à des obstacles et que ses œuvres restent cantonnées dans les réserves des collections publiques, sans qu'il soit possible pour les jeunes générations d'avoir leur propre lecture de l'œuvre, au Japon, il peut se targuer d'être l'un des rares artiste français, à avoir eu son musée érigé de son vivant.

Ce musée situé à Surugadaira a eté inauguré solennellement en 1973 en l'absence de Bernard Buffet ! " mon père a regretté toute sa vie de ne pas se rendre au Japon ce jour là " explique son fils Nicolas Buffet. Pourquoi cette absence alors que par la suite, le peintre se rendra à plusieurs reprises au pays du Soleil Levant qui lui inspirera maints tableaux dont la célèbre série sur les Sumo et les Kabuki ?

Maurice Garnier avance une explication : " Bernard Buffet avait certainement une forme d'appréhension, être confronté au jugement de l'autre dans des circonstances officielles, ce n'est pas facile ".

Beaucoup s'interrogent sur l'origine de cette histoire d'amour entre Bernard Buffet et le Japon ; elle prend ses racines dans un coup de foudre, celui d'un richissime homme d'affaires, Kiichiro Okano, un banquier japonais, " fou ", en effet, de Buffet depuis qu'il découvre son œuvre en 1963, l'année de la rétrospective du peintre à Tokyo et à Kyoto aux musées d'Art Moderne. Le trait de Bernard Buffet, incisif, épuré, son traitement de l'espace sont très proches de la tradition japonaise de l'estampe. Ajoutons que Buffet, remarquable dessinateur et graveur, ne pouvait que séduire ce pays où le dessin et le trait sont souverains. Ce que l'on connaît moins, c'est la passion du peintre pour les combats de Sumo-auxquels il assistait- et le théâtre kabuki, riche d'enseignements pour son goût du costume, du déguisement et de l'art de se travestir .

D'autres peintures de Bernard Buffet font référence au Japon notamment cette série sur les oiseaux d'Hokkaido (1981) qui appartient à la collection New Otani Hotels au Japon. A l'aune de l'analyse de la création prolifique de Bernard Buffet, son inclination pour ce pays paraît logique.

Kiichiro Okano, pendant des années, assouvit sa passion en faisant l'acquisition d'une dizaine d'œuvres par an, n'hésitant pas à se déplacer à Paris pour faire son choix : en dix ans il a constitué une collection de plusieurs centaines de toiles, dessins et lithographies que l'on peut découvrir dans ce musée, situé à une heure de Tokyo en train. Actuellement, c'est la petite fille de Kiichiro Okano qui a repris la direction du musée, fidèle à l'esprit du fondateur.

Après la mort de Kiichiro Okano en 1995, ses trois fils cessent d'acheter des tableaux à la Galerie Maurice Garnier, mais en 1999, l'année de la mort de Buffet, Annabel l'épouse du peintre (elle aussi décédée aujourd'hui), fait parvenir un tableau de Bernard Buffet " Vive la mort " ( 1998) caractéristique de l'esprit de dérision de Buffet, elle envoie également au Japon, une des œuvres de la dernière série sur " La Mort ", qui sera exposée en la Galerie Maurice Garnier juste après la propre mort de l'artiste.

Cet envoi faisait-il partie des derniers vœux de Bernard Buffet ? Difficile à savoir. Mais, en tout cas, Bernard Buffet a choisi de reposer pour toujours dans l'Empire du Soleil Levant : ses cendres ont été dispersées dans le jardin du musée. Et il a fallu l'autorisation spéciale du Président de la République française pour que Annabel Buffet puisse transporter l'urne au Japon.

Ce lien avec le Japon apparaît encore dans le texte de Bertrand Poirot-Delpech de l'Académie française " l'ineffable dévoilé " qui préface du catalogue de l'exposition " Tableaux pour un musée 1977-1984 ", qui se déroule en février et mars 2007 à la Galerie Maurice Garnier à Paris. Juste avant de partir lui aussi, L'Académicien- qui a consacré son dernier texte à Bernard Buffet-évoque " la mort choisie de samouraï ", une mort en accord avec une vie vouée à l'art sans concession.
 
Brigitte CAMUS - ANTIQUAIRES CONTACT - 1er février 2007