Bernard BUFFET, un poète de la mort
 
 
Nous sommes en 1947. La guerre est à peine terminée. Un jeune artiste de 19 ans, qui a pour maître Courbet, bouleverse l'art figuratif. Il propose une peinture suicidaire. Son attitude est celle d'un poète. Il méprise l'interdit, parle de lui-même, de ses douleurs. De ses angoisses. Il porte aussi en lui une adolescence brisée. Ce qui le rend désespéré. Les personnages qu'il peint sont au bord du gouffre, presque en dehors de la vie, nus, dépouillés, sans fard. Mais il ne sont qu'un seul visage, le sien. L'atmosphère est sombre, hantée par la destruction. Les couleurs noires, verdâtres, marrons.

Avec Bernard Buffet, le mot "nature morte" prend tout son sens.

Cette peinture est faite de blessures dont le pinceau serait le plus cruel instrument.

L'insolence de sa jeunesse, le regard meurtri qu'il pose sur l'humanité lui permettent de tout oser : une femme qui s'apprête à prendre son bain, un homme pantalon baissé sur les chevilles aux toilettes, corps morts au pied d'une barricade, ville déserte où s'animent des ombres, Piéta d'un réalisme inouï avec Marie vêtue d'un tailleur noir.

Mais au-delà de l'anecdote, ces premières années révèlent chez Bernard Buffet une grande puissance créatrice qu'il va très vite perdre au profit d'une production folle. Ne subsisteront dans sa peinture que quelques éclats de désespoir.
 
Jean-Louis PINTE - Le FIGARO SCOPE - 14 février 2001