Buffet au Musée breton :
le dernier tableau


La Bretagne de Bernard Buffet

L’exposition est visible au Musée départemental breton, à Quimper, jusqu’au 30 septembre. Elle se révèle fréquentée. Elle ravit, agace, surprend. Bref ne laisse pas indifférent. Retour en quelques éclairages. Le dernier tableau !

« Cette ultime peinture m’a tout de suite fait penser à ces mots de Gérard de Nerval sur l’épanchement du songe dans la réalité », commente le commissaire de l’exposition " la Bretagne de Bernard Buffet ".

Le directeur du Musée breton se tient là devant cette huile sur toile grand format. L’exposition, accrochée comme un cheminement, de la genèse à la mort, se referme sur cette assourdissante et énigmatique « Tempête en Bretagne ». « C’est un rêve éveillé, comme beaucoup de grands peintres en ont eu. Il appartient à l’artiste, à l’homme. On peut toujours essayer de l’interpréter. On ne connaîtra jamais le fond de sa pensée au moment où il l’a réalisée », poursuit le conservateur.

Dernières forces

Nous sommes en 1999. La maladie empêche Bernard Buffet de tenir un pinceau. Elle le mine. Il jette ses dernières forces dans « La tempête ». On y retrouve quelques-uns des incontournables de la peinture marine bretonne de Buffet : une jetée, un phare. Dans la tourmente, le phare semble indéboulonnable, arrimé à la terre.
Comme Buffet à la vie, qui sait ? Cette volonté de survivre au chaos, serait-elle tout autant représentée par ce rocher que l’on devine en second plan, au centre de la toile, ? Un rocher ? Philippe Le Stum livre une autre hypothèse.

« Peut-être est-ce un voilier en fait, un bateau qui l’emporte pour un dernier voyage », émet-il. « Buffet était croyant et il n’a jamais cessé de témoigner, à travers son œuvre, qu’il n’avait pas peur d’évoquer la mort », rappelle Philippe Le Stum.

Tempête testament

Dans cette tempête testament, « il y a en tout cas une incroyable force de représentation », insiste le commissaire de l’exposition. Le vecteur de cette force : un stupéfiant travail de la matière.
Sur cette toile, peut-être plus que sur bien d’autres montrées à Quimper, la peinture, dont les nuances se superposent ou se confondent sur une épaisseur inouïe, semble demeurer un matériau bien vivant. Inépuisable... Immortel !


Bruno Salaün - Le TÉLÉGRAMME - 3 août 2007