Bernard Buffet en mode tragique


Voici une biographie d'un des peintres français majeurs de la deuxième moitié du XXème siècle. Le portrait d'un esprit rebelle, toujours adulé par quelques uns, rejeté par de nombreux autres.

Il aura connu un succès immédiat: à 20 ans, en 1948, Bernard Buffet signe un contrat d'exclusivité avec un grand galeriste et devient le peintre figuratif contestant l'abstraction et le nouveau réalisme qui marquent son époque.

A partir de 1952, des expositions annuelles sont organisées au mois de février (la galerie parisienne Garnier, 8 avenue Matignon, perpétue cette année encore la tradition) selon un thème précis. Ainsi, au hasard, défilent des toiles ayant pour dénominateur commun la Passion du Christ (en 1952), l'Horreur de la guerre (1955), les Ecorchés (1965), l'Enfer de Dante (1977) ou la Mort (2000). Autant de titres désespérément mystiques qui viennent compléter d'autres, plus classiques (nus, paysages ou fleurs) également inquiétants. Car si son trait est particulièrement caractéristique, l'artiste angoissé aux affections tourmentées est d'abord connu pour son trait noir et épais, ses personnages décharnés et ses maisons aux angles aigus.

Admiré par certains de ses contemporains, Giono, Aragon, Druon, Simenon, détesté par d'autres, Malraux en particulier, par les amateurs d'abstrait en général, Bernard Buffet parfois mondain, souvent ermite, est une idole au Japon, où un musée lui est dédié et où ont été dispersées ses cendres

Lui qui n'a pas voulu signer ses toiles de deux zéros - la hantise de l'an 2000 est une obsession au point de se suicider fin 1999 en s'étouffant d'un sac de plastique noir imprimé de son nom - était un joyeux fan de Courbet l'enchanteur, mais un sinistre perfectionniste en proie à des crises étranges.

Le portrait qu'en trace Jean-Claude Lamy, déjà auteur avec Anabel, la compagne du peintre pendant quarante ans, d'un premier ouvrage sur Bernard Buffet, est tout en amitié, montrant un homme particulièrement solitaire mais vivant entouré de célébrités, d'honneurs et de respectabilités. C'est toute la contradiction de Bernard Buffet qui s'exprime ici. Car aujourd'hui encore, il reste un peintre reconnu comme majeur, mais toujours difficilement accepté par de nombreux critiques.

Jérome Stern - La Tribune - 7 février 2008